Ma poésie

 

Histoire peinte

 

 

Prologue

Envie de peindre ne veut rien dire,

C’est un peu comme désirer sourire.

Peindre, c’est avoir quelque chose à dire,

Extérioriser sa pensée, la décrire.

 

Peindre, c’est parler, à bouche cousue,

À une toile devant vous, posée nue.

S’exprimer avec elle n’est pas aisé,

Car il ne faut surtout pas la tromper.

 

 

La vie difficile d’une toile

Nue, blanche, grain moyen ou petit,

Elle n’attend plus que l’artiste, assis,

Pinceau dans une main, palette de l’autre,

Pour discourir en aparté, puis devenir apôtre…

 

Transformée, habillée par son maître

Et exposée aux critiques pouvant naître,

Destinée difficile, pour cette fille de salon,

Accrochée à un clou, pour honorer son patron.

 

Petit chef-d’œuvre de complicité, esseulée,

Au milieu de ce harem, huilée,

Elle devra toujours être admirée,

Pour ne pas être décrochée.

 

Malgré tout, pleine de reconnaissance,

Elle continuera avec persévérance

De transmettre le fond de la pensée

De cet auteur, qui l’a lâchement délaissée.

 

Elle n’est pas jalouse de ce veuvage,

On sait bien que tout peintre est volage,

Mais avec nostalgie, remémore les nuits passées

Auprès de son amant, peintre bien aimé.

 

 

Une peinture est née

Au commencement, nue, réservée devant lui,

J’étais atterrée par cet homme peut-être gentil,

Mais qui me regardait, allait me toucher…

Et par son idée, peut-être me défigurer.

 

De quoi va-t-il m’affubler ce nigaud ?

Pour qui se prend-il ce funambule ?

Qui n’a pas fait d’études, d’arts-déco

Et qui va me déguiser sans préambule.

 

Soit, il n’est pas mal, je dirais plutôt sympa,

Il m’observe, me dévisage, me congratule,

Il va à petits pas,

Je suis de lin et presque de tulle…

 

Stop, laissons-le faire, il est passionné,

S’il n’est pas du métier, sort calques, papiers,

Sans conteste, son sujet est photographié,

Apprêtons-nous, il va me crayonner.

 

Durant des nuits, laissant passer les étoiles,

Amalgame d’heures, de couleurs, de dessins,

Est né cet amour, levant le voile

Sur ce chef-d’œuvre créé par Alain.

 

Je n’oublierai jamais ces moments

Et me promets pendant longtemps

De tenir en haleine tous ces gens,

Bien décidés à ne vibrer sur moi qu’un instant.

 

 

Souvenir d’un amour toilé

Moi, peintre, me souviens de cette toile,

Nue, réservée devant moi,

Sachant que j’allais lever son voile

Pour satisfaire mon envie, sans émoi.

 

Doucement, tendrement, à force de caresses délicates

Sur son grain, j’ai senti naître

Une complicité fragile comme un château de cartes

Et qu’au début je n’ai pu admettre.

 

Pourtant, des nuits ont passé,

Remplies de regards fugaces,

Couleurs mal déterminées,

La sentant de glace.

 

Et puis, reprenant ma palette,

Retouchant la ligne d’un sein,

Ayant besoin d’alcool, de cigarettes,

Retrouvant espoir, devenait serein.

 

Ce chef-d’œuvre d’amour, de créativité

Est né, fait de peine, de ténacité,

Dans le salon maintenant exposé,

Ne suis pas prêt de le décrocher.

 

Pourtant, d’autres aventures m’attendent,

Mon cerveau est rempli d’idées,

Mon infidélité est flagrante

Car j’adore ces peaux toilées.